En bref
Le terme de « milliard de cohésion » ne convient plus au nouveau système. Jusqu'ici, la Suisse avait décidé deux contributions distinctes d'environ 1,3 milliard de francs chacune. Avec les Bilatérales III, la contribution suisse est pérennisée et ancrée dans un traité : pour 2025–2029 s'ajoutent 650 millions de francs d'engagements transitoires, pour 2030–2036 encore 2,45 milliards — soit environ 3,1 milliards de francs au total. Le montant des périodes ultérieures sera à chaque fois fixé à nouveau avec l'UE. La question décisive n'est donc pas le chiffre isolé, mais le mécanisme qui le sous-tend.
Ce qui change
Le terme de « milliard de cohésion » ne convient à vrai dire plus au nouveau système. Jusqu'ici, la Suisse a décidé deux contributions importantes : la contribution à l'élargissement dès 2007 et la deuxième contribution suisse dès 2019, d'environ 1,3 milliard de francs chacune. La deuxième contribution s'élève concrètement à 1,302 milliard de francs sur dix ans.1
Avec les Bilatérales III, le caractère de cet instrument change fondamentalement : la contribution suisse est pérennisée et ancrée dans un traité. La Confédération qualifie expressément le nouveau mécanisme d'élément nécessaire du paquet.
Combien cela coûte-t-il concrètement ?
Les 130 millions de francs de la période transitoire ne seront exigibles qu'à l'entrée en vigueur du paquet d'accords. Pour les 350 millions de francs, une subtilité est importante : 2030–2036 désigne la période de contribution, mais les moyens seront engagés, selon le Conseil fédéral, sur une période de mise en œuvre et de versement allant jusqu'en 2039.3
Les chiffres peuvent désormais être distingués assez clairement :
| Engagement | Période | Montant |
|---|---|---|
| 2e contribution suisse actuelle | 2019–2029 | CHF 1,302 mrd |
| engagement transitoire supplémentaire | 2025–2029 | CHF 130 mio. par an |
| total de la transition | 5 × 130 mio. | CHF 650 mio. |
| nouvelle contribution ordinaire | 2030–2036 | CHF 350 mio. par an |
| engagement 2030–2036 | 7 × 350 mio. | CHF 2,45 mrd |
| engagements supplémentaires | 2025–2036 | CHF 3,10 mrd |
Il ne s'agit pas simplement de « 350 millions de francs ». Pour la première période convenue, ce sont des engagements supplémentaires d'environ 3,1 milliards de francs au total qui sont en jeu.
Et que se passe-t-il après 2036 ?
C'est ici que commence la partie politiquement bien plus intéressante. Les 350 millions de francs ne sont pas à comprendre comme un montant fixé pour toujours. Pour les périodes de contribution ultérieures, le montant sera fixé à nouveau entre la Suisse et l'UE.
Selon le Conseil fédéral, la contribution suivante peut d'une part être adaptée à l'inflation. Elle peut en outre, pour des raisons politiques — notamment en fonction de l'évolution des relations entre la Suisse et l'UE — être augmentée ou réduite jusqu'à 10 pour cent.
La critique ne part donc pas de l'affirmation spéculative selon laquelle la Suisse paierait un jour 500 ou 700 millions. Il n'existe actuellement aucune base solide pour cela.
La Suisse ne s'engage pas seulement à un paiement déterminé : elle accepte un mécanisme de contributions futures récurrentes, dont le montant concret pour les périodes ultérieures n'est pas encore fixé aujourd'hui.
S'agit-il d'un « prix d'entrée » au marché intérieur de l'UE ?
Fait intéressant, la Confédération pose elle-même cette question — et sa réponse est remarquable. À la question de savoir si la contribution à la cohésion constitue le prix d'entrée au marché intérieur de l'UE, elle écrit : « L'UE la comprend ainsi. »1
La Suisse recourt à une autre justification politique. Elle considère la contribution comme un élément de sa politique européenne et comme un investissement dans la stabilité, dans la cohésion économique et sociale ainsi qu'en matière de migration. Une UE économiquement prospère serait aussi, en raison de l'étroite imbrication, dans l'intérêt de la Suisse.2
Deux perspectives coexistent ainsi :
- Perspective de l'UE : qui profite du marché intérieur doit participer financièrement à la cohésion de ce marché.
- Perspective suisse : la Suisse apporte une contribution autonome à la stabilité de l'Europe, dont elle profite elle-même économiquement et politiquement.
Un point important en faveur de l'accord
Il serait faux d'écrire que la Suisse verserait à l'avenir 350 millions de francs par an simplement « à Bruxelles ». Selon la Confédération, les fonds ne vont pas au budget général de l'UE. Ils sont utilisés pour des programmes et des projets dans des États partenaires, convenus conjointement avec la Suisse. La Suisse conserve ainsi une influence sur leur affectation.3
Des possibilités de contrôle existent également. En cas de corruption ou d'atteinte à des valeurs communes, par exemple l'État de droit, la Suisse peut, selon la Confédération, suspendre les paiements.
Où se situe le véritable changement en matière de souveraineté
Jusqu'ici, les contributions étaient certes étroitement liées politiquement à la relation avec l'UE, mais elles étaient conçues comme des décisions de financement suisses isolées. Avec les Bilatérales III naît en revanche un mécanisme de contribution récurrent, réglé par traité. La présentation officielle de la Confédération en anglais parle expressément d'un « legally binding mechanism for a regular Swiss contribution ».
Cela modifie qualitativement la situation de départ. Le débat politique ne devrait donc pas se limiter à savoir si 350 millions de francs par an, c'est beaucoup ou peu.
La Suisse doit-elle s'engager par traité à une contribution financière durablement récurrente, dont le montant sera fixé à nouveau avec l'UE pour chaque période ultérieure ?
De combien la charge augmente-t-elle par rapport à aujourd'hui ?
La deuxième contribution suisse s'élève à 1,302 milliard de francs sur dix ans, soit environ 130 millions de francs par an. La nouvelle contribution convenue s'élève à 350 millions de francs par an. Sur le plan purement arithmétique, cela correspond à environ 2,7 fois le montant annuel moyen.
Il faut toutefois manier cette comparaison avec prudence : les périodes, les modalités de paiement et la construction politique ne sont pas totalement identiques. Comme ordre de grandeur, elle reste néanmoins parlante.
La contribution suisse n'est ni un simple « impôt UE » — ce serait factuellement inexact — ni une simple aide au développement solidaire, comme la communication officielle le laisse volontiers paraître. Le changement plus profond est ailleurs : de contributions de cohésion décidées sporadiquement naît une composante institutionnalisée des relations Suisse–UE.
La Suisse ne reçoit pour cela aucune contrepartie concrète isolée du type « 350 millions de francs contre la prestation X ». La contribution s'inscrit plutôt dans le contexte politique global de l'accès sectoriel au marché intérieur de l'UE. C'est précisément pourquoi l'UE la qualifie d'une sorte de participation au prix de cet accès au marché.
La question décisive n'est donc pas seulement de savoir si la Suisse peut se permettre la solidarité européenne, mais : une contribution jusqu'ici décidée politiquement à chaque fois doit-elle devenir une obligation contractuelle durable dans la relation Suisse–UE ?
Peter Ruckstuhl, état au 7 juillet 2026
Sources
- 1 Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) — Deuxième contribution suisse
- 2 Conseil de l'Union européenne — Budget 2026 de l'UE, aperçu des principaux domaines (en anglais)
- 3 Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) — Contribution de la Suisse en faveur de certains États membres de l'UE