Quo vadis Schweiz
Accord-cadre de l'UE

Accords et domaines matériels

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Santé

Coopération en cas de crise, achats communs, espace européen des données de santé — et la question de l'autodétermination informationnelle.

En bref

L'accord sur la santé poursuit avant tout des objectifs de coopération : lutte contre les pandémies, approvisionnement en médicaments, gestion des crises et échange de données. La Suisse serait plus fortement intégrée à l'architecture sanitaire européenne — surveillance des épidémies, systèmes d'alerte précoce et programmes d'achats communs. Formellement, la politique de la santé reste une compétence nationale ; la coordination opérationnelle serait toutefois de plus en plus marquée par l'Europe. La protection des données, la souveraineté des données et la construction de l'espace européen des données de santé sont particulièrement sensibles.

Objectifs

L'accord sur la santé doit intégrer plus fortement la Suisse dans l'architecture sanitaire de l'UE, en particulier dans quatre champs :

  • lutte contre les pandémies
  • approvisionnement en médicaments
  • gestion des crises sanitaires
  • échange de données

Contenus principaux

Participation aux agences sanitaires de l'UE — est prévue l'intégration dans

  • les systèmes de surveillance des épidémies de l'UE
  • les plateformes de données de santé de l'UE
  • les mécanismes de réaction aux crises

Particulièrement pertinents sont l'HERA (Health Emergency Response Authority) et l'ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies). Pour l'achat commun de médicaments, la Suisse pourrait participer à

  • des programmes européens d'acquisition de vaccins
  • des réserves communes de médicaments
  • la logistique de crise

La coopération en matière de données de santé vise

  • un échange rapide de données épidémiologiques
  • la participation aux systèmes d'alerte précoce de l'UE
  • des réseaux numériques de santé

Aspects politiquement controversés

Influence sur la politique nationale de la santé — les critiques voient des risques :

  • pilotage indirect par les stratégies sanitaires de l'UE
  • obligations en situation de crise
  • restriction de la liberté de décision nationale

Déplacement de compétences : la santé reste formellement une compétence nationale, mais la coordination opérationnelle serait fortement intégrée à l'UE. Sont en outre discutées des questions de données et de souveraineté :

  • transfert de données vers des systèmes de l'UE
  • compatibilité en matière de protection des données
  • accès aux données de santé

Sont cités comme bénéfices pour la Suisse :

  • une réaction plus rapide en cas de pandémie
  • l'accès au réseau d'approvisionnement de l'UE
  • une meilleure coopération internationale

Comparaison des deux accords

Sont caractéristiques des deux :

  • la reprise dynamique du droit
  • le mécanisme de règlement des différends
  • l'arrimage institutionnel aux structures de l'UE

Les accords sur les denrées alimentaires et sur la santé appartiennent tous deux aux « accords d'accès au marché de nouvelle génération » — leur portée est toutefois différente :

Domaine Accord sur les denrées alimentaires Accord sur la santé
Objectif principalIntégration au marché intérieurCoopération en matière de crises et de santé
Reprise du droitfortemodérée
Effet sur la souverainetéélevémoyen
Importance économiquetrès élevéeindirecte
Sensibilité politiquepolitique agricolepolitique de la santé

Ils sont ainsi systémiquement liés de près à l'accord-cadre.

Dossier électronique du patient : la situation dans l'UE

Une distinction importante d'abord : il n'existe pas d'obligation uniforme à l'échelle de l'UE. Plusieurs États membres — l'Allemagne par exemple — introduisent toutefois un dossier électronique du patient obligatoire, et parallèlement l'UE construit l'espace européen des données de santé (EHDS).

Objectif de l'EHDS :

  • accès transfrontalier aux données de santé
  • standardisation des données des patients
  • infrastructure technique obligatoire pour tous les États membres

Ce n'est pas l'utilisation qui est partout obligatoire — mais la participation au système le devient de fait.

Que signifie cela pour la Suisse ?

La Suisse dispose déjà du dossier électronique du patient (DEP). Contrairement à ce qui se passe dans certaines parties de l'UE, il n'est actuellement pas obligatoire de manière généralisée, il est politiquement contesté et peu utilisé. Un accord avec l'UE augmenterait la pression à sa diffusion, imposerait des adaptations techniques et déclencherait peut-être indirectement de nouvelles obligations légales.

Dans le cadre d'un accord sur la santé, il s'agirait typiquement de l'arrimage aux systèmes de l'UE :

  • participation aux plateformes de données
  • raccordement aux formats d'échange
  • interopérabilité avec les systèmes de l'UE

S'y ajouterait la reprise de standards techniques et réglementaires :

  • formats de données
  • standards de sécurité
  • règles d'accès
  • systèmes d'identification

Une obligation voit-elle le jour ?

Une obligation formelle signifierait une obligation légale d'utilisation pour chaque personne et des sanctions en cas de non-utilisation. Une telle obligation ne découle pas automatiquement d'un accord avec l'UE : le droit européen s'adresse en premier lieu aux États membres, l'organisation de la santé reste une compétence nationale, et l'EHDS ne prévoit pas d'obligation directe pour les citoyens.

Juridiquement plus pertinent est le second niveau — l'obligation de fait ou fonctionnelle. Elle naît en trois étapes :

  1. 1. Obligation systémique : la Suisse s'engage à exploiter un système électronique compatible, à mettre des données à disposition et à assurer l'interopérabilité.
  2. 2. Obligation des fournisseurs de prestations : hôpitaux, médecins et pharmacies doivent participer, alimenter les données et utiliser les systèmes — ce qui est imposé par les lois d'application internes.
  3. 3. Concernement indirect des citoyennes et citoyens : un traitement sans jeu de données devient plus difficile, les processus d'assurance et de facturation sont numérisés, la prise en charge médicale dépend du système.

Résultat : une contrainte de fait à participer, sans obligation légale formelle.

Classification constitutionnelle

Est concerné d'une part le droit à l'autodétermination informationnelle, déduit de l'art. 13 Cst. : protection des données personnelles et contrôle sur les informations de santé. D'autre part s'applique le principe de proportionnalité selon l'art. 5 Cst. — toute restriction doit être apte, nécessaire et raisonnablement exigible.

Une obligation fonctionnelle pourrait devenir problématique s'il n'existe plus de véritable liberté de choix, si la participation est de fait imposée et si les alternatives font défaut.

Le « caractère volontaire » ne doit pas exister seulement formellement : il doit rester réellement praticable.

La reprise dynamique du droit comme amplificateur

Les extensions ultérieures sont particulièrement délicates, par exemple l'utilisation secondaire des données. L'intégration aux systèmes de l'UE implique en outre une adaptation à la logique du règlement général sur la protection des données, un flux transfrontalier de données et une utilisation possible de celles-ci pour la recherche, l'administration et la planification. Restent juridiquement déterminants la limitation des finalités, la sécurité des données et les droits d'accès.

Si l'accord sur la santé est conçu de manière dynamique, alors :

  • les futures règles de l'UE deviennent pertinentes
  • les exigences techniques augmentent
  • l'utilisation des données est étendue

La Suisse perd ce faisant en partie :

  • le contrôle sur l'architecture du système
  • l'influence sur l'utilisation des données
  • sa marge de manœuvre en droit de la santé

Appréciation d'ensemble

Un accord sur la santé avec l'UE ne fonde aucune obligation légale immédiate d'utiliser un dossier électronique du patient. La combinaison de l'obligation systémique, de l'obligation des fournisseurs de prestations, de l'intégration technique et de l'évolution dynamique du droit conduit toutefois à une obligation fonctionnelle qui n'est pas expressément prévue par la loi, mais qui peut déployer de fait un effet comparable.

Du point de vue constitutionnel, il faut donc veiller à ce que l'autodétermination informationnelle des personnes concernées reste garantie non seulement formellement, mais aussi matériellement.

Conclusion personnelle de l'auteur

  • Les administrations de la Confédération (OFSP, OSAV), des cantons et des communes gagneront en effectifs et en importance. Il en résulte un déplacement continu du pouvoir vers l'administration fédérale.
  • La souveraineté suisse perd continuellement de son importance du fait de la reprise dynamique du droit.
  • La démocratie directe est démantelée insidieusement.
  • La structure typique des PME et des cabinets médicaux suisses est minée par la bureaucratie et l'inflation des déclarations.
  • La gestion de la santé — données de santé, dossier du patient, e-ID, approvisionnement en médicaments — est de plus en plus déterminée par Bruxelles.
  • L'avenir du génie génétique se décide à Bruxelles.
  • Seraient à reprendre, pour l'accord sur la santé, quelque 1’000 à 2’000 pages et, pour l'accord sur les denrées alimentaires, environ 2’000 à 3’000 pages de règlements et d'annexes de l'UE.

Ce que chaque citoyenne et chaque citoyen peut y contribuer :

  • Ne pas craindre l'avenir
  • Du courage
  • La disposition à résister
  • La désobéissance civile

Je ne signe aucun contrat que je n'ai pas compris.

Peter Ruckstuhl, état au 2 juin 2026