Quo vadis Schweiz
Accord-cadre de l'UE

Accords et domaines matériels

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Accord sur l'électricité

La force hydraulique suisse restera-t-elle vraiment en mains suisses ?

En bref

La Suisse se trouve au cœur du réseau électrique européen et est reliée à ses voisins par plus de 40 lignes transfrontalières. Un accord sur l'électricité apporte des avantages réels : accès réglé au marché, moins de flux d'électricité non planifiés, meilleure valorisation de la force hydraulique flexible. La souveraineté sur la ressource eau reste aux cantons — concessions, redevances hydrauliques et droit de retour sont expressément protégés. L'électricité produite à partir de cette eau est toutefois intégrée dans un cadre européen commun de droit, de concurrence et d'organisation du marché.

Situation de départ

La situation de départ diffère de celle de l'ARM ou de la libre circulation des personnes. La Suisse se trouve géographiquement au cœur du réseau électrique européen et est reliée à ses États voisins par plus de 40 lignes transfrontalières. Un accord sur l'électricité peut donc apporter des avantages réels : meilleure intégration de Swissgrid, accès réglé au marché européen de l'électricité, moins de flux d'électricité non planifiés et meilleure valorisation de la force hydraulique suisse, très flexible.1

C'est précisément la force hydraulique qui rend toutefois la question particulièrement sensible du point de vue de l'État et du fédéralisme.

Souveraineté sur l'eau : ce qui est réellement protégé

Il faut d'abord reconnaître au traité qu'il contient une disposition importante. L'art. 11 de l'accord sur l'électricité retient que la Suisse reste habilitée à fixer les conditions d'utilisation de ses ressources énergétiques — expressément y compris la force hydraulique —, à choisir entre les sources d'énergie et à déterminer la structure générale de son approvisionnement énergétique.1

Le Conseil fédéral en déduit que les cantons peuvent continuer de décider de manière autonome de l'utilisation de leur force hydraulique. Selon son interprétation, l'accord sur l'électricité n'oblige notamment pas la Suisse à reprendre des règles de l'UE dans les domaines suivants :

  • l'octroi et le contenu des concessions hydrauliques
  • les redevances hydrauliques4
  • le droit de retour des usines hydroélectriques

L'UE a elle aussi confirmé publiquement que la directive sur les concessions et la directive-cadre sur l'eau, en particulier, ne relèvent pas du champ d'application de l'accord. Sur la base de cet accord, l'UE ne peut donc pas déterminer à qui une vallée grisonne ou valaisanne doit céder son eau, ni empêcher qu'une usine hydroélectrique revienne au canton ou à la commune à l'échéance d'une concession.

Mais vient ensuite la demi-phrase décisive

La disposition sur la souveraineté suisse contient en substance une restriction importante : la Suisse conserve ces droits sous réserve du droit applicable en vertu de cet accord. Et c'est précisément là que commence la discussion intéressante.

Car l'eau et l'électricité ne peuvent pas être séparées économiquement. Le canton peut certes continuer de déterminer qui a le droit d'utiliser l'eau. Mais dès que de l'électricité est produite à partir de cette eau et qu'elle est vendue, stockée, injectée dans le réseau, négociée au-delà des frontières, soutenue par l'État ou conservée en réserve, on entre de plus en plus dans le domaine du droit du marché de l'électricité. Et c'est précisément ce domaine qui est étroitement couplé au droit de l'UE par le nouvel accord.

La disposition sur la ressource naturelle qu'est l'eau reste largement suisse. Les conditions économiques applicables à l'électricité qui en est tirée sont en revanche européanisées.

La force hydraulique n'est pas une source d'énergie comme une autre

Pour la Suisse, la force hydraulique présente une particularité qui est naturellement vue autrement à Bruxelles qu'à Berne, Sion, Coire ou Altdorf. Les centrales à accumulation peuvent produire de l'électricité exactement au moment où elle est nécessaire. Cela fait de plus en plus des lacs de retenue suisses une sorte de batterie du système électrique européen.

Lorsque l'Allemagne produit beaucoup d'électricité éolienne ou solaire, la Suisse peut importer du courant et utiliser le pompage-turbinage. En cas de pénurie, elle peut turbiner de l'eau et exporter de l'électricité. Économiquement, cette intégration est attrayante.

En cas de pénurie européenne, la force hydraulique stockée sert-elle d'abord la sécurité d'approvisionnement suisse ou le marché européen intégré de l'électricité ?

La Suisse peut-elle continuer d'utiliser ses lacs de retenue comme réserve stratégique ?

Le Conseil fédéral répond en principe par l'affirmative. Mais le sujet n'est nullement clos politiquement.3

Il est remarquable qu'en juin 2026, une minorité de la CEATE compétente du Conseil des États se soit expressément déclarée préoccupée.2

Elle craint qu'en raison de la reprise dynamique du droit, la Suisse puisse à l'avenir

  • perdre la souveraineté sur les réserves de force hydraulique,
  • ne plus décider de manière indépendante des réserves d'électricité, ou
  • ne plus façonner librement sa politique énergétique au moyen de subventions.

Ce n'est pas l'affirmation d'un groupe politique marginal, mais un élément du débat parlementaire officiel. La majorité de la commission apprécie toutefois l'accord différemment et estime les intérêts suisses globalement bien préservés. L'interprétation actuelle du traité par le Conseil fédéral est relativement claire — l'incertitude des critiques porte avant tout sur l'évolution future du droit.

Et nous voici de nouveau à la reprise dynamique du droit

C'est la même question de fond que celle déjà rencontrée pour l'ARM et la libre circulation des personnes. Avec l'accord sur l'électricité, la Suisse s'engage à adapter largement sa législation sur l'électricité au droit européen pertinent en la matière. La commission compétente du Conseil des États le décrit elle-même ainsi.2

Et à l'avenir, il ne s'agira pas seulement du droit européen de l'électricité connu aujourd'hui. L'accord est soumis au mécanisme de reprise dynamique du droit.

La question décisive n'est donc pas seulement de savoir ce que contient l'accord sur l'électricité en 2026, mais : quelles règles européennes du marché de l'électricité existeront en 2030, 2035 ou 2040 — et dans quelle mesure la Suisse sera-t-elle tenue de les reprendre ? Personne ne peut sérieusement prétendre aujourd'hui connaître le droit européen de l'énergie de l'année 2040.

Les aides d'État pourraient devenir particulièrement importantes pour la force hydraulique

Il y a ici un deuxième point, au moins aussi important pour les cantons de montagne que la souveraineté formelle sur l'eau. La politique énergétique suisse ne fonctionne pas exclusivement par le marché libre. La Confédération et les cantons soutiennent par exemple les énergies renouvelables, la sécurité d'approvisionnement, l'infrastructure de réseau et les capacités de production.

Avec l'intégration au marché européen de l'électricité, les règles sur les aides d'État deviennent toutefois pertinentes elles aussi. La logique européenne qui les sous-tend est compréhensible : un État ne doit pas pouvoir subventionner à sa guise ses propres producteurs d'électricité et leur procurer ainsi des avantages concurrentiels face aux producteurs d'autres pays.

Pour la Suisse, il en découle une autre question : pourra-t-elle à l'avenir soutenir sa force hydraulique pour des motifs de sécurité d'approvisionnement ou de politique régionale exactement comme elle l'estime politiquement juste ? Ou devra-t-elle de plus en plus démontrer que de tels soutiens sont compatibles avec les règles du marché commun de l'électricité ?

Ouverture complète du marché de l'électricité — un changement très concret

L'accord modifie en outre très directement le marché suisse de l'électricité. Aujourd'hui, seuls les sites de consommation dont la consommation annuelle dépasse 100 MWh peuvent en principe choisir librement leur fournisseur. Avec l'accord sur l'électricité, tout consommateur final obtient en principe cette possibilité.1

Pour les ménages et les plus petits sites de consommation jusqu'à 50 MWh, un approvisionnement de base réglementé subsiste. Pour certaines microentreprises situées entre 50 et 100 MWh, une option d'adhésion limitée dans le temps est prévue.

L'accord sur l'électricité n'est pas simplement un traité sur des lignes électriques transfrontalières. Il modifie la structure du marché suisse de l'électricité.

Pourquoi les cantons de montagne réagissent avec sensibilité

Il ne faut pas sous-estimer ici la dimension historique. Pour des cantons comme le Valais, les Grisons, Uri, le Tessin, Glaris ou Berne, l'eau n'est pas seulement de l'énergie : elle est à la fois ressource naturelle, question de propriété et de souveraineté, source de revenus, instrument de politique régionale et patrimoine stratégique.

Pendant des décennies, des vallées ont été inondées, des lacs de retenue construits et des paysages transformés pour exploiter la force hydraulique. En contrepartie, cantons et communes détiennent des droits de concession, des redevances hydrauliques et des droits de retour.

Qui dispose à long terme de la valeur économique de notre eau ?

Chances et questions critiques

Les cantons conservent la souveraineté sur la ressource eau ainsi que des droits essentiels comme les concessions, les redevances hydrauliques et le droit de retour. L'électricité produite à partir de cette ressource est toutefois davantage intégrée dans un cadre européen commun de droit, de concurrence et d'organisation du marché. La marge de manœuvre effective de la Confédération et des cantons en matière économique et énergétique peut ainsi changer, même si la souveraineté formelle sur l'eau subsiste.

Chances Questions critiques
Meilleure intégration au réseau électrique européenReprise dynamique du droit européen de l'électricité
Stabilité accrue du réseauLe futur droit de l'UE est aujourd'hui inconnu
Meilleures possibilités d'importation en hiverQuelle autonomie pour les réserves suisses d'électricité ?
Meilleure valorisation de la force hydrauliqueDroit européen de la concurrence et des aides d'État
Accès au marché européen de l'électricitéOuverture complète du marché
Davantage de possibilités de négoce pour l'énergie de stockageConflit entre marché et sécurité d'approvisionnement
Souveraineté sur l'eau expressément protégéeL'utilisation économique reste néanmoins soumise au droit applicable de l'accord
Concessions, redevances hydrauliques et droit de retour protégésÉvolution réglementaire à long terme difficilement prévisible

Qui détermine à long terme les conditions dans lesquelles l'électricité produite à partir de notre eau peut être produite, stockée, soutenue, conservée en réserve et mise sur le marché européen ?

Peter Ruckstuhl, état au 7 août 2026