Contribution 01
Révision partielle — ou en réalité une nouvelle loi sur les épidémies ?
56 nouveaux articles s'ajoutent, une quarantaine d'articles existants sont modifiés — et formellement, le projet s'intitule « révision partielle ».
Peter Ruckstuhl, Langenthal
Résumé
56 nouveaux articles ou articles intercalaires s'ajoutent, une quarantaine d'articles existants sont modifiés, reformulés, abrogés ou déplacés. Le projet de loi comprend environ 40 pages de modifications. Le texte n'en est pas moins qualifié de « révision partielle » de la loi sur les épidémies. Cela soulève une question de fond : où passe la frontière entre révision partielle et révision totale — et pourquoi la forme de la révision partielle a-t-elle été choisie pour une refonte d'une telle ampleur ? Il est d'autant plus remarquable que les directives de technique législative de la Confédération prévoient elles-mêmes des critères pour cette délimitation. Décisif n'est donc pas seulement le nombre des modifications, mais aussi la question de savoir quelles compétences, quels instruments et quelles structures permanentes sont créés avec la loi révisée.
Le texte de référence de ce chapitre
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« Teilrevision des Epidemiengesetzes »
Peter Ruckstuhl, Langenthal · PDF · en allemand
Le texte à la base de cette contribution. Il dénombre les modifications de l'acte, place côte à côte les dix axes matériels de la révision et les confronte aux critères que les directives de technique législative de la Confédération formulent pour distinguer révision partielle et révision totale. La bibliographie y recense séparément le message, le projet de loi et les documents officiels.
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Situation de départ
La loi sur les épidémies (LEp) en vigueur aujourd'hui résulte d'une révision totale de la loi antérieure ; elle est en force depuis le 1er janvier 2016. Après les expériences de la pandémie de Covid-19, le Conseil fédéral a décidé de la remanier une nouvelle fois. Le 20 août 2025, il a transmis au Parlement son message et son projet de loi.
Formellement, il s'agit d'une révision partielle. La loi existante n'est donc pas abrogée et remplacée par un nouvel acte ; ce sont des dispositions existantes qui sont modifiées, abrogées ou complétées.
La désignation de « révision partielle » ne doit toutefois pas être assimilée à une simple adaptation ponctuelle. La question décisive est donc de savoir jusqu'où la révision intervient matériellement dans la loi existante.
Un acte modificateur d'une ampleur inhabituelle
La LEp en vigueur est numérotée jusqu'à l'art. 88. Le projet du Conseil fédéral comprend environ 40 pages de modifications législatives.
Un décompte du projet montre que 56 nouveaux articles ou articles intercalaires sont insérés. Parallèlement, une quarantaine d'articles existants sont modifiés, reformulés, abrogés ou déplacés.
L'examen quantitatif le montre déjà : le projet va nettement au-delà de quelques corrections ponctuelles de la loi existante.
Plus parlant encore que le nombre d'articles est toutefois le contenu de la révision. Plusieurs domaines centraux sont réorganisés ou considérablement élargis.
1. Nouvelle réglementation de la situation particulière
Le modèle des trois situations — normale, particulière et extraordinaire — subsiste en principe. La situation particulière est cependant réglée de manière nettement plus détaillée.
Le Conseil fédéral devra à l'avenir la constater formellement. Conditions, procédure, objectifs et principes de la gestion de crise sont précisés. Les cantons et le Parlement doivent être davantage associés.
La révision ne modifie ainsi pas seulement quelques instruments de politique sanitaire, mais aussi l'architecture décisionnelle pour de futures crises sanitaires.
2. Extension des compétences de la Confédération
Les cantons restent en principe compétents pour l'exécution. La Confédération obtient cependant des compétences supplémentaires, en particulier pour les enquêtes épidémiologiques, l'analyse et la surveillance nationales ainsi que pour des mesures de lutte valables dans toute la Suisse.
L'ordre des compétences entre Confédération et cantons n'est donc pas supprimé sur le principe, mais la possibilité d'un pilotage central dans certaines situations est élargie.
3. Institutionnalisation de la préparation aux pandémies
La Confédération et les cantons sont davantage tenus de se préparer sur le plan organisationnel avant même une crise : organisations de crise, disponibilité opérationnelle, capacités préparées par exemple pour le traçage des contacts ou les vaccinations.
Des instruments mis en place en partie dans l'urgence pendant le Covid deviennent ainsi, pour partie, des éléments d'une prévoyance de crise légale et durable.
4. Développement de la surveillance et de la détection précoce
La surveillance épidémiologique est techniquement élargie de façon considérable : surveillance des eaux usées, séquençage génomique, systèmes nationaux de déclaration mieux interconnectés ainsi que suivi systématique des résistances antimicrobiennes.
Les agents pathogènes et leur propagation doivent ainsi être détectés plus tôt.
5. Numérisation et traitement des données
La révision crée des bases légales plus étendues pour des systèmes d'information nationaux et pour la mise en réseau électronique des laboratoires, des cabinets médicaux et des hôpitaux. S'y ajoutent de nouveaux systèmes pour les analyses génomiques, le traçage des contacts et d'autres données épidémiologiques.
Le développement du traitement des données par l'État est en même temps encadré par des prescriptions de protection des données. Pour apprécier ce domaine, il faut donc considérer les deux faces : des compétences de traitement supplémentaires d'un côté, des exigences légales de protection des données de l'autre.
6. Biens médicaux et sécurité de l'approvisionnement
Les compétences de la Confédération en matière d'approvisionnement en biens médicaux importants sont précisées et élargies.
À certaines conditions, la Confédération peut non seulement acquérir des biens, mais aussi en faire produire et financer les investissements nécessaires. Les établissements de santé peuvent être tenus d'annoncer leurs stocks et leurs capacités et de constituer des réserves.
Les expériences des problèmes d'approvisionnement de la pandémie de Covid sont ainsi inscrites durablement dans la loi.
7. Vaccinations et monitorage vaccinal
Sur ce point, une distinction s'impose. La révision n'introduit ni obligation générale de vacciner ni contrainte vaccinale. Les conditions restrictives existantes pour une obligation de vacciner certains groupes de personnes subsistent.
Sont en revanche développés l'accès à bas seuil aux vaccinations — par exemple en pharmacie —, la préparation des capacités correspondantes ainsi que le relevé statistique des taux de vaccination. La Confédération doit notamment pouvoir utiliser à cette fin des données anonymisées des assureurs-maladie.
Il s'agit donc avant tout d'un développement de l'infrastructure vaccinale et du monitorage vaccinal.
8. Résistances aux antibiotiques et infections associées aux soins
Ce domaine constitue une extension matérielle considérable de la loi sur les épidémies.
La Confédération doit pouvoir relever de manière plus systématique la consommation de substances antimicrobiennes. Les établissements de santé peuvent être astreints à des programmes de dépistage, à des mesures de prévention et à des programmes pour un usage approprié des antibiotiques.
En outre, la recherche, le développement et la mise à disposition de nouveaux antibiotiques peuvent être soutenus financièrement.
9. One Health
L'ancrage légal renforcé de l'approche One Health y est étroitement lié : santé humaine, santé animale et environnement sont considérés ensemble, en particulier pour les agents pathogènes et les résistances aux antibiotiques.
L'orientation traditionnelle de la loi sur les maladies transmissibles de l'homme est ainsi complétée par une perspective plus large.
10. Transfert du droit spécial Covid dans le droit ordinaire
D'une importance particulière, enfin : certains instruments créés pendant la pandémie de Covid sont repris durablement dans la loi sur les épidémies.
Il s'agit notamment des règles sur la prévoyance en matière d'approvisionnement ainsi que de la possibilité d'aides financières aux entreprises lorsque des mesures étatiques causent de lourdes pertes économiques en situation particulière ou extraordinaire.
Des parties de l'instrumentaire conçu à l'origine pour une pandémie exceptionnelle passent ainsi dans le droit ordinaire des épidémies.
Révision partielle ou refonte de fait ?
Juridiquement, il n'existe ni chiffre ni pourcentage fixe à partir duquel une révision partielle devrait impérativement devenir une révision totale. Même une modification très étendue d'une loi fédérale peut en principe être menée comme révision partielle.
Les directives de technique législative de la Confédération contiennent toutefois des critères de délimitation. Une version antérieure retient comme règle empirique qu'une révision totale est entreprise lorsque la modification porte sur plus de la moitié des articles d'un acte. Il ne s'agit pas d'une prescription légale contraignante, mais d'une orientation de technique législative.
La question ne saurait donc être tranchée au seul vu du nombre de nouveaux articles. Déterminant est bien plutôt de savoir si la conception de base, l'objet de la réglementation, l'ordre des compétences et l'instrumentaire de la loi existante sont maintenus ou fondamentalement modifiés.
Le Conseil fédéral justifie la révision partielle retenue en indiquant que des parties essentielles de la loi en vigueur ont fait leurs preuves et doivent donc être maintenues. Il s'agit en même temps de combler les lacunes constatées pendant le Covid et de tenir compte de nouveaux défis de politique sanitaire.
À cela s'oppose le constat que le projet ne corrige pas seulement des dispositions de détail. Il élargit ou modifie des domaines centraux :
- conduite de crise
- ordre des compétences Confédération / cantons
- préparation aux pandémies
- surveillance épidémiologique
- traitement des données
- sécurité de l'approvisionnement
- monitorage vaccinal
- résistances aux antibiotiques
- One Health
- aides économiques de crise
La révision possède ainsi une portée considérable, tant quantitative que qualitative.
La consultation aussi a suscité des réserves
Que la révision n'ait pas été perçue comme une simple adaptation technique, la consultation le montre également.
Selon le message, quelque 20 pour cent des organisations participantes ont demandé des adaptations étendues, voire fondamentales, du projet mis en consultation. Environ 15 pour cent l'ont rejeté intégralement.
Ces chiffres ne disent à eux seuls rien sur le bien-fondé matériel de la révision. Ils montrent cependant que l'ampleur et la facture du projet ont été appréciées de manière controversée dès la procédure de consultation.
Conclusion
La désignation de « révision partielle » est d'abord une qualification de technique législative. On ne saurait en déduire que seule une petite partie de la loi sur les épidémies est modifiée.
Le projet du Conseil fédéral intervient bien plutôt en profondeur dans différents domaines du droit en vigueur. Sont particulièrement significatifs le règlement plus détaillé du régime de crise, les compétences supplémentaires de la Confédération, le développement de la surveillance épidémiologique et numérique, les nouvelles compétences de prévoyance et d'approvisionnement ainsi que le transfert dans le droit permanent de certains instruments créés pendant le Covid.
Des éléments centraux de la loi actuelle subsistent en même temps : son but fondamental, le modèle des trois situations, la compétence d'exécution de principe des cantons et les conditions restrictives existantes pour une obligation de vacciner.
Formellement, il s'agit d'une révision partielle. Matériellement, il s'agit en revanche d'une extension et d'une refonte très étendues de parties essentielles du droit des épidémies.
Savoir si, vu cette ampleur, une révision totale aurait été plus transparente ou plus adéquate du point de vue de la technique législative est une question légitime. De la seule ampleur des modifications, on ne saurait toutefois déduire qu'une révision totale aurait été juridiquement impérative.
Pour l'appréciation politique et sociale, ce n'est donc pas tant la désignation formelle de « révision partielle » qui devrait occuper le premier plan que la question concrète de savoir quelles compétences, quels instruments et quelles structures permanentes sont créés avec la loi révisée — et quels effets ils peuvent avoir sur le fédéralisme, les droits fondamentaux, la protection des données, le contrôle parlementaire et le rapport entre droit ordinaire et droit de crise.
Sources
- 1 Office fédéral de la santé publique (OFSP) : Révision de la loi sur les épidémies — informations sur la révision en cours de la loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles de l'homme (LEp), état 2026.
- 2 Office fédéral de la santé publique (OFSP) : Loi sur les épidémies — à propos de la révision. Présentation du processus de révision, de la consultation et des délibérations parlementaires.
- 3 Conseil fédéral : Message concernant la modification de la loi sur les épidémies du 20 août 2025. FF 2025 3117, objet 25.069 « Révision de la loi sur les épidémies ».
- 4 Conseil fédéral : Loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles de l'homme (loi sur les épidémies, LEp), projet. FF 2025 3118.
- 5 Confédération suisse / Fedlex : Loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles de l'homme (loi sur les épidémies, LEp) du 28 septembre 2012, RS 818.101.
- 6 Chancellerie fédérale suisse : Directives de technique législative (DTL), édition de juin 2026. En particulier les dispositions sur les actes modificateurs ainsi que sur les révisions partielles et totales.
- 7 Chancellerie fédérale suisse : Directives de technique législative (DTL), version antérieure. En particulier le ch. 276 sur la délimitation entre révision partielle et révision totale et sur la règle empirique des modifications portant sur plus de la moitié des articles d'un acte.
- 8 Assemblée fédérale suisse / Services du Parlement : fiche d'information sur les lois fédérales — explications sur l'adoption, la modification, la publication et la structure des lois fédérales ainsi que sur la distinction entre révision partielle et révision totale.
- 9 Office fédéral de la santé publique (OFSP) : « Loi sur les épidémies : la révision améliore la gestion des crises sanitaires ». Communiqué de presse du Conseil fédéral du 20 août 2025.
- 10 Département fédéral de l'économie, de la formation et de la recherche / Chancellerie fédérale : révision totale de trois ordonnances relatives à la loi sur les cartels. Ouverture de la consultation du 27 mai 2026 — exemple de comparaison tiré de la pratique législative actuelle.