Contribution 01
Que reste-t-il de notre santé dans la loi sur les épidémies ?
Le Conseil fédéral agit quand un signal tombe à Genève — et c'est ainsi que la loi le prévoit.
D'après l'argumentation d'Andrea Staubli, avocate et médiatrice
Résumé
La loi sur les épidémies a été entièrement révisée en 2012 et est en vigueur depuis 2016 — la révision partielle suivante est déjà en chantier. Les concordances avec les efforts de l'Organisation mondiale de la santé pour ancrer un régime pandémique mondial sont frappantes. Des 39 articles de 1970, on est passé à 88 ; des compétences cantonales ont migré vers la Confédération et l'Office fédéral de la santé publique ; et la notion de « situation particulière » se rattache expressément à un constat de l'OMS. Qui lit la loi y trouve plus de 120 fois le radical « maladie » — mais cherche en vain des dispositions sur la prévention de la santé.
Les 2 textes de référence de ce chapitre
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« Was hat das Epidemiengesetz noch mit unserer Gesundheit zu tun? »
Contribution d'Andrea Staubli, avocate et médiatrice · en allemand
Le texte à la base de ce chapitre. Il compare la loi sur les épidémies de 1970 avec celle en vigueur aujourd'hui et avec la révision partielle en cours — de 39 à 88 articles, de la responsabilité cantonale au modèle fédéral des trois situations — et met les dispositions sur la « situation particulière », les nouveaux systèmes d'information et les obligations de preuve en regard du Règlement sanitaire international de l'OMS.
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Synopse de la loi sur les épidémies — aperçu des modifications
Office fédéral de la santé publique, 29 novembre 2023 · PDF · en allemand
La confrontation officielle établie pour la consultation : le droit en vigueur à côté du projet révisé, article par article. Qui veut relire comment la « situation particulière », les obligations de déclaration, le traçage des contacts ou les certificats de vaccination, de test et de guérison sont formulés littéralement trouve ici le texte de loi lui-même — sans passer par un résumé.
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Furie réglementaire dans le domaine de la maladie
Devenons-nous, nous les humains, toujours plus malades ? Après une pandémie vient-il toujours l'avant d'une pandémie ? Devons-nous nous laisser protéger toujours mieux par l'État, jusqu'au point où celui-ci nous prescrit ce que nous devons faire, éviter ou manger ? Ou bien portons-nous, comme personnes, une responsabilité propre pour notre manière de vivre ?
Le regard porté sur la loi sur les épidémies — de son nom complet : loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles de l'homme — suggère une sorte d'inflation législative. La loi du 18 décembre 1970, entrée en vigueur le 1er juillet 1974, comptait 39 articles. À l'exception de celui qui prévoyait une compétence du Conseil fédéral en circonstances extraordinaires, la responsabilité appartenait aux cantons ; aucun modèle de situations n'était nécessaire.
La loi en vigueur aujourd'hui compte 88 articles et transfère au niveau fédéral — au Conseil fédéral et à l'Office fédéral de la santé publique — de nombreuses compétences originellement cantonales. Outre l'introduction d'un modèle à trois situations, une attention particulière a été portée à la mise en œuvre du Règlement sanitaire international de l'OMS de 2005 : un corpus de 87 pages, 66 articles et 9 annexes.
Révision totale de 2012 — des motifs qui sonnent familiers
On pouvait lire à l'époque, sur le site officiel de l'Office fédéral de la santé publique, qu'une adaptation était devenue nécessaire pour être mieux armé face à de nouvelles épidémies comme le SRAS (2003) ou la grippe pandémique H1N1 (2011). Les bases légales ne suffiraient plus pour reconnaître les risques à temps, prendre des dispositions et réagir efficacement.
Détection, surveillance, prévention et lutte contre les maladies transmissibles devaient devenir plus efficientes et plus efficaces. Déjà alors, il était question de programmes nationaux de vaccination, de quarantaine et d'interdictions de manifestations. Le projet correspondrait en outre aux prescriptions du Règlement sanitaire international en vigueur en Suisse. Certaines lectrices et certains lecteurs froncent probablement déjà les sourcils : de telles formulations ne nous semblent-elles pas familières ?
Pour mémoire : le Règlement sanitaire international entièrement révisé a été adopté le 23 mai 2005 lors de la 58e Assemblée mondiale de la santé et est entré en vigueur pour la Suisse le 15 juin 2007. Il s'agit de règles de droit international contraignantes — donc obligatoires pour la Suisse du fait de leur adoption. Le Conseil fédéral l'a confirmé en réponse à une question du Conseil national : depuis 2016, la loi révisée sur les épidémies tient compte du Règlement sanitaire international et règle sa mise en œuvre en Suisse.
Révision partielle 2023 : des « optimisations nécessaires »
Quatre ans et demi seulement après l'entrée en vigueur de la loi entièrement révisée, le Conseil fédéral donnait déjà mandat, en juin 2020, de reprendre les travaux de révision. Cette fois, un nouveau besoin de révision se serait manifesté notamment du fait de la crise du Covid-19.
La « situation particulière » est réglée de façon détaillée. Le Conseil fédéral la constate notamment lorsque l'Organisation mondiale de la santé a constaté l'existence d'une urgence sanitaire de portée internationale et qu'une mise en danger particulière de la santé publique menace de ce fait en Suisse.
Dans une telle situation, le Conseil fédéral peut ordonner des mesures : surveillance médicale, quarantaine et isolement, obligation de se soumettre à un examen ou à un traitement médical, interdictions d'exercer une profession, obligation du masque, certificats, confinements. Il peut obliger le personnel de santé à pratiquer des vaccinations et déclarer des vaccinations obligatoires pour certains groupes de la population.
Bien que le Conseil fédéral reçoive des compétences très étendues, il n'est pas précisé comment et quand s'opère le passage de la situation normale à la situation particulière, puis de celle-ci à la situation extraordinaire — et inversement. Si l'on compare les mesures prévues par le Règlement sanitaire international avec celles de la révision, on constate des concordances impressionnantes. La question est permise : met-on déjà en œuvre ici des projets qui n'ont pas encore été adoptés au niveau international ?
Le risque d'un « droit de nécessité durablement provisoire » est posé.
« Surveillance renforcée »
Pour rendre possible cette surveillance renforcée, la numérisation doit être poussée, des systèmes d'information nationaux installés, un monitorage des eaux usées et le séquençage génomique introduits. Les personnes du domaine de la santé — et les personnes malades, présumées malades, contaminées ou présumées contaminées — sont obligées de déclarer des données et des indications sur d'autres personnes, jusqu'à la sphère intime.
Sont prévus un système d'information national « déclarations de maladies transmissibles », un système national « traçage des contacts » — que nous connaissons de la loi Covid-19 —, un système national « entrée en Suisse » ainsi qu'un système national « analyse génomique ». Les données ainsi collectées peuvent être communiquées à des autorités étrangères ainsi qu'à des organisations supranationales et internationales.
Une nouvelle section introduit des certificats de vaccination, de test et de guérison. Les personnes sont ainsi obligées d'attester une vaccination ou un résultat de test négatif — possiblement pour pouvoir continuer à participer à la vie sociale. Par quel test cela devrait se faire n'est pas précisé. Il faut rappeler un arrêt du Tribunal fédéral du 23 novembre 2021, selon lequel il est notoire qu'un test PCR positif ne constitue pas un diagnostic de maladie et n'est, à lui seul, guère significatif.
Comment nous devrions attester notre guérison, respectivement notre santé, reste ouvert. Il est donc plus que douteux de savoir ce que ces différents certificats devraient viser — si ce n'est la surveillance des personnes et la collecte de données. Ici aussi, la loi garantit que le système peut être relié à des systèmes étrangers ; il importe particulièrement au Conseil fédéral que ces certificats soient infalsifiables.
Résistances aux antibiotiques — et le concept « One Health »
On parle d'infection nosocomiale lorsqu'une infection survient au cours d'un séjour ou d'un traitement dans un hôpital ou un établissement de soins. Le recours massif aux antibiotiques à la fin du XXe siècle aurait entraîné une nette augmentation des germes problématiques multirésistants. La Confédération veut s'emparer du sujet avec une minutie toute suisse : sont introduits « HAI » pour les infections associées aux soins, « StAR » comme stratégie nationale contre la résistance aux antibiotiques et « NOSO » comme stratégie nationale de surveillance et de lutte contre les infections associées aux soins.
Pour que cette stratégie soit particulièrement efficace, quatre offices fédéraux — santé publique, sécurité alimentaire et affaires vétérinaires, agriculture et environnement — se sont associés au service vétérinaire de l'armée dans la plateforme interdisciplinaire « One Health ». La même évolution s'observe au niveau international, où l'OMS, l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture, l'Organisation mondiale de la santé animale et le Programme des Nations unies pour l'environnement coopèrent sous le même terme.
Un autre aspect de la révision partielle entre ainsi dans le champ de vision : l'ancrage légal du concept One Health. Selon le traité pandémique de l'OMS encore en négociation, cette approche est une approche intégrée et unificatrice qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. À l'article 5 du traité pandémique, les États parties s'engagent à une approche One Health cohérente, globale et coordonnée pour la prévention des pandémies, la préparation et la réaction, avec les mesures correspondantes. La trace de cet engagement se trouve déjà dans le droit suisse.
Si le directeur général de l'OMS déclarait une urgence sanitaire de portée internationale en raison du changement climatique et que le Conseil fédéral constatait ensuite une situation particulière, la boucle serait bouclée.
Ce sur quoi la révision se tait
Pas sur les finances. La mise en œuvre des mesures prévues coûte, et ce sont la Confédération et les cantons — donc les contribuables — qui paient. On trouve ainsi des règles détaillées sur les aides financières aux entreprises subissant des pertes de chiffre d'affaires notables du fait d'une situation particulière ou extraordinaire déclarée. Le chapitre sur le financement a été pratiquement réécrit et étendu d'un article à neuf : coûts de l'approvisionnement en biens médicaux importants, de la remise de vaccins et de médicaments, des analyses diagnostiques.
Alors que le radical « maladie » apparaît plus de 120 fois dans la loi, on cherche en vain des dispositions sur la prévention de la santé. Le concept de salutogenèse — comment la santé naît et peut être préservée pour qu'une maladie ne survienne pas — paraît inexistant. Alimentation saine, mouvement, renforcement du système immunitaire ne sont pas des sujets. En revanche, un contrôle et une surveillance accrus engendrent de la peur — et la peur rend malade.
Symptomatique de l'esprit de cette révision partielle : dans l'ensemble du texte, « produits thérapeutiques » est remplacé par « biens médicaux importants », et la médecine complémentaire, bien qu'ancrée dans la Constitution fédérale, n'est pas mentionnée.
Pourquoi ne se pose-t-on pas la question de savoir ce qu'il faut pour que nous ayons une population en bonne santé ? Pourquoi n'accorde-t-on plus d'importance à la responsabilité propre de chacun ? Pourquoi prescrit-on à l'individu comment il doit agir — jusqu'au point où l'État décide pour son peuple et le met sous tutelle ?
Une pièce d'un changement plus vaste
Peut-être trouvez-vous cela un peu tiré par les cheveux. Peut-être avez-vous raison. Mais peut-être cette révision est-elle justement une pièce du puzzle d'un changement rampant qui s'opère dans notre société — sous nos yeux, mais pas également visible pour tous. Les valeurs pour lesquelles la Suisse se tient — liberté, autonomie, sécurité et stabilité — s'en trouvent diluées et affaiblies.
Ces valeurs trouvent leur expression dans la Constitution fédérale. Chaque personne et chaque organe étatique doivent s'y orienter. Les droits fondamentaux constituent à cet égard un pilier particulièrement précieux de notre édifice étatique : ils garantissent des droits qui protègent l'individu, dans sa sphère de liberté, contre les atteintes de l'État.
Il serait souhaitable que ces réflexions fondamentales entrent aussi dans une révision de la loi sur les épidémies. Le préambule de la Constitution fédérale offre pour cela une magnifique aide d'orientation.
À lire absolument, donc.
Sources
- 1 Andrea Staubli : « Was hat das Epidemiengesetz noch mit unserer Gesundheit zu tun? ». Andrea Staubli est avocate et médiatrice, ancienne présidente de tribunal, et s'engage auprès de l'Aktionsbündnis Freie Schweiz pour la souveraineté de la Confédération.
- 2 Loi fédérale sur la lutte contre les maladies transmissibles de l'homme (loi sur les épidémies, LEp) du 28 septembre 2012.
- 3 Office fédéral de la santé publique : consultation sur la révision partielle de la loi sur les épidémies, aperçu des modifications (synopse) du 29 novembre 2023.
- 4 Organisation mondiale de la santé : Règlement sanitaire international (2005) ainsi que négociations sur un accord pandémique.
- 5 Tribunal fédéral, arrêt 2C_228/2021 du 23 novembre 2021, considérant 5.2.
- 6 Constitution fédérale de la Confédération suisse, préambule et droits fondamentaux.