En bref
Avec ce dispositif, la Suisse s'engage à assurer durablement, dans les domaines couverts, une équivalence juridique avec l'Union européenne. Cela agit en deux temps : un alignement initial unique sur l'acquis existant, puis la reprise continue des développements futurs du droit. Le Parlement et le référendum subsistent formellement, mais une pression de fait à la reprise apparaît, puisqu'une non-reprise déclenche des mesures de compensation ou de sanction. Pour les questions d'interprétation du droit de l'UE, c'est en dernier ressort la Cour de justice de l'Union européenne qui tranche.
Où la reprise dynamique du droit intervient
Le Conseil fédéral parle d’un paquet composé de deux volets : stabilisation et développement.1
Stabilisation des accords existants :
- 1. ARM — accord sur la suppression des obstacles techniques au commerce (« Mutual Recognition Agreement »)
- 2. Accord sur les transports terrestres
- 3. Accord sur le transport aérien
- 4. Accord sur la libre circulation des personnes
- 5. Accord sur l'utilisation de l'espace
- 6. Accord sur la recherche et les projets culturels (programmes)
- 7. Accord sur la contribution suisse (contribution à l’élargissement et à la cohésion)
- 8. Accord agricole
Développement avec de nouveaux accords :
- Accord sur les denrées alimentaires
- Accord sur la santé
- Accord sur l'électricité
Quels accords sectoriels sont soumis à la reprise dynamique du droit
| N° | Accord sectoriel | Reprise dynamique du droit ? | Classement |
|---|---|---|---|
| 1 | ARM — obstacles techniques au commerce | Oui | Accord classique de marché intérieur |
| 2 | Accord sur les transports terrestres | Oui | Pertinent pour le marché intérieur (transports) |
| 3 | Accord sur le transport aérien | Oui | Droit du marché intérieur (acquis aérien) |
| 4 | Libre circulation des personnes | Oui | Liberté fondamentale du marché intérieur |
| 5 | Utilisation de l'espace | Non | Coopération technique et opérationnelle |
| 6 | Programmes de recherche et de culture | Non | Participation à des programmes, pas de droit de marché |
| 7 | Contribution suisse (cohésion) | Non | Contribution de financement et de solidarité |
| 8 | Accord agricole (accord de base) | Non | Pas d’adhésion pleine à la politique agricole |
| 9 | Accord sur les denrées alimentaires (développement) | Oui | Droit des marchés et des produits |
| 10 | Santé | Partiellement / indirectement | Uniquement dans la mesure où le droit du marché intérieur est concerné |
| 11 | Accord sur l'électricité | Oui | Accès complet au marché intérieur |
Qu'est-ce qu'une reprise dynamique du droit ?
Avec un accord-cadre, la Suisse s'engage à assurer durablement, dans les domaines couverts par l'accord, une équivalence juridique avec l'Union européenne.
Cet engagement agit en deux temps :
- alignement initial unique sur l'acquis européen déjà existant
- reprise dynamique continue des développements futurs du droit de l'UE
A. Reprise des actes juridiques existants de l'UE (« alignement initial »)
À l'entrée en vigueur, c'est l'acquis communautaire qui sert de référence : tous les actes juridiques de l'UE déjà adoptés qui concernent les domaines couverts par les accords — selon ce travail d'atelier, quelque 20 000 pages d'actes réglementaires — sont déterminants pour la Suisse.
Concrètement, cela signifie :
- La Suisse ne part pas de zéro, mais entre dans un espace juridique fortement réglementé.
- Les actes juridiques existants de l'UE doivent être repris ou matériellement transposés, à défaut d'équivalence.
- La Suisse ne peut pas se prévaloir du fait que ces actes ont été adoptés avant la conclusion du traité.
La première phase intervient de manière groupée et pré-décidée — avant même que les processus démocratiques internes puissent agir.
B. La future reprise dynamique du droit
Le Parlement et le référendum subsistent certes formellement, mais une pression de fait à la reprise apparaît, puisqu'une non-reprise a des conséquences économiques et politiques.
Après l'alignement initial suit l'obligation permanente d'adaptation :
- 1. L'UE adopte ou modifie un acte juridique.
- 2. Celui-ci est qualifié de pertinent pour l'accord.
- 3. La Suisse doit l'examiner et le reprendre afin de préserver l'équivalence juridique.
- 4. Un refus est formellement possible, mais entraîne des mesures de compensation ou de sanction.
La liberté de décision subsiste formellement, mais elle est liée à des conditions posées de l'extérieur.
Conflits avec le droit suisse
En cas de conflit avec le droit fédéral ordinaire, c'est en pratique le droit fédéral qui est adapté afin d'éviter une violation du traité. L'adaptation se fait régulièrement de manière unilatérale, au détriment du législateur national.
En cas d'incompatibilité entre l'obligation de reprise et la Constitution fédérale, trois options existent formellement :
- 1. Modification de la Constitution — avec votation populaire ; politiquement réaliste, mais démocratiquement problématique dans son principe d'adaptation.
- 2. Non-reprise — formellement souveraine, mais assortie de fait de désavantages économiques.
- 3. Procédure de règlement des différends — pour les questions d'interprétation du droit de l'UE, c'est en dernier ressort la Cour de justice de l'Union européenne qui décide ; la Suisse n'a pas la souveraineté d'interprétation finale.
Que signifie cela concrètement ?
- Formellement, la Constitution fédérale reste le droit suprême.
- Matériellement, elle subit une pression d'adaptation permanente.
Le choix n'est de fait plus entre Constitution ou loi, mais entre Constitution ou conséquences économiques.
C. Le rôle de la Cour de justice de l'Union européenne
En cas de litige sur l'interprétation du droit de l'UE, le tribunal arbitral doit saisir la Cour de justice de l'Union européenne ; son interprétation est contraignante. Le tribunal arbitral n'est donc ni une juridiction suprême ni un contrepoids — son rôle est fonctionnellement limité.
Le tribunal arbitral ne décide
- pas ce que signifie le droit de l'UE
- pas si le droit de l'UE est « juste »
- mais seulement quelles conséquences contractuelles en découlent
L'interprétation juridique de dernière instance se situe hors de l'ordre juridique suisse.
D. Effets globaux sur la démocratie et la souveraineté
Dans l'effet d'ensemble apparaissent
- une législation matériellement étrangère sans adhésion formelle
- un affaiblissement rampant des instruments de démocratie directe
- un rattachement durable à un système juridique externe sans codécision équivalente
E. Conclusion condensée
La reprise dynamique du droit ne commence pas avec le futur droit de l'UE. Elle commence par la reconnaissance d'un acquis européen existant et se poursuit ensuite durablement.
La Constitution fédérale subsiste juridiquement, mais elle doit dans la pratique s'adapter sans cesse à de nouvelles prescriptions de l'UE. Un écart ne serait possible que si la Suisse acceptait durablement les désavantages qui en découlent.
La Suisse conserve sa souveraineté sur le papier, mais la perd progressivement dans l'exécution.
Question 1 : comment les règlements existants de l'UE sont-ils intégrés dans le droit suisse ?
Avant de reprendre l'acquis européen existant, la Suisse doit examiner s'il est équivalent à la législation suisse. Elle constatera à cette occasion que certaines lois suisses ne sont pas équivalentes à certains règlements de l'UE. Le processus réel se déroule en sept étapes :
- 1. Constat technique : l'administration constate que le droit suisse n'atteint pas le même effet qu'un règlement de l'UE. Il s'agit d'abord d'un constat interne et technique, non d'une décision politique.
- 2. Annonce au comité mixte : la divergence est portée devant le comité bilatéral compétent, avec la proposition suisse sur la manière de la traiter.
- 3. Réaction de l'UE : elle accepte la divergence (rarement, le plus souvent pour des détails purement techniques), l'accepte temporairement avec un délai transitoire — ou ne l'accepte pas, ce qui est la règle en cas de divergence matérielle.
- 4. Absence d'accord : du point de vue de l'UE, la condition de l'équivalence n'est alors pas remplie ; la partie concernée de l'accès au marché est considérée comme non correctement mise en œuvre.
- 5. Règlement des différends : si la Suisse s'y oppose, le tribunal arbitral décide — lié par la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne. La définition matérielle de l'« équivalence » vient en dernier ressort de l'UE.
- 6. Décision et conséquences : une fois la procédure close, il n'y a plus d'état intermédiaire. Soit la Suisse adapte la loi et conserve l'accès au marché, soit l'UE peut prendre des mesures de compensation — par exemple la suspension ou la limitation de l'accès au marché, jusqu'à l'adaptation.
- 7. Le point le plus important : la divergence constatée ne subsiste pas simplement, ne conduit pas à un opting-out durable et ne peut pas être politiquement enterrée.
Chaque divergence impose une décision : adapter ou accepter des désavantages.
Question 2 : qui décide de la recevabilité d'un référendum ?
Le Parlement suit le plus souvent cette appréciation dans la pratique. De nombreuses reprises du droit de l'UE sont qualifiées d'adaptations techniques ; le référendum facultatif tombe alors, même si l'effet matériel peut être considérable.
En principe, un référendum peut être lancé lorsque
- une loi est modifiée ou une nouvelle loi est adoptée
- un traité international est soumis au référendum
Dans les faits, c'est toutefois le Conseil fédéral qui tranche en amont la question du caractère référendaire, en qualifiant une reprise du droit de
- modifiant la loi — et donc sujette au référendum
- relevant uniquement de l'exécution ou de l'ordonnance — et donc non sujette au référendum
Annexe : domaines non couverts
Ne sont notamment pas couverts :
- 1. L'agriculture dans son domaine central — pas d'adhésion pleine à la politique agricole commune, seulement des règles vétérinaires et alimentaires ponctuelles.
- 2. La politique fiscale — pas d'harmonisation fiscale directe, pas d'impôts de l'UE, pas de transfert de compétences pour les impôts directs. Une pression indirecte par le droit des aides d'État et de la concurrence reste possible.
- 3. La politique extérieure, de sécurité et de défense — pas d'intégration militaire, pas d'engagements comparables à ceux de l'OTAN.
- 4. Les systèmes d'assurances sociales — l'AVS, l'AI et la LPP restent nationaux. La libre circulation des personnes y produit toutefois de forts effets indirects, puisque les ressortissants suisses et européens doivent être traités de la même manière.
- 5. La formation, la culture et les médias — pas de transfert direct de compétences ; la participation aux programmes reste volontaire.
Le point décisif : non couvert ne veut pas dire non touché. Car
- le dispositif concerne précisément les domaines du marché intérieur les plus importants économiquement
- ceux-ci agissent indirectement sur presque tous les autres champs politiques
- la dynamique ne naît pas de l'étendue, mais du mécanisme
Vue d’ensemble : Bilatérales I et II face au nouveau dispositif
Remarque sur les transports terrestres et aériens : les deux domaines sont aujourd'hui réglés bilatéralement. La nouveauté ne porterait pas sur le contenu des transports, mais sur la soumission de ces accords à une logique juridique européenne dynamique et assortie de sanctions.
| Domaine | Bilatérales I et II (aujourd'hui) | Nouveau dispositif |
|---|---|---|
| Structure de base | Traités sectoriels distincts | Cadre institutionnel supérieur |
| Reprise du droit | Statique — pas de développement automatique | Dynamique — reprise continue du nouveau droit de l'UE |
| Interprétation du droit de l'UE | Politique, comités mixtes | De manière contraignante par la Cour de justice de l'Union européenne |
| Règlement des différends | Consultations, solution politique possible | Tribunal arbitral avec interprétation par la CJUE |
| Sanctions | Pression politique informelle | Mesures de compensation réglées par traité |
| Accord sur les transports terrestres | Partie des Bilatérales I : transit, RPLP, politique de transfert ; pas de reprise automatique du droit, pas de compétence de la CJUE | Toujours valable sur le fond, mais intégré : reprise dynamique du droit pertinent de l'UE, interprétation par la CJUE, sanctions en cas d'écart |
| Accord sur le transport aérien | Partie des Bilatérales I : accès au marché, sécurité, exploitation ; développement statique, résolution politique des conflits | Toujours valable sur le fond, mais subordonné au nouveau cadre institutionnel : développement dynamique du droit, intervention de la CJUE, exécution systémique |
| Accès au marché | Sectoriel, garanti politiquement | Garanti systémiquement, mais lié à des conditions |
| Protection des salaires et marché du travail | Réglés au niveau national | Logique de marché intérieur avec pression d'adaptation |
| Marché de l'électricité | Non réglé | Nouvellement prévu |
| Santé et coordination des crises | Ne font pas partie des Bilatérales | Rattachement aux structures de l'UE, par exemple l'ECDC |
| Politique extérieure et de sécurité | Nationale | Non couverte |
| Impôts et assurances sociales | Nationaux | Non couverts |
Les Bilatérales règlent des contenus, le nouveau dispositif règle le système — reprise dynamique du droit, principe d'équivalence, règlement des différends et mesures de compensation. Il ne règle pas ce qui vaut, mais comment il sera décidé à l'avenir et quelles conséquences un non entraîne.
Qui contrôle le respect des règles ?
La Commission et les autorités suisses compétentes surveillent chacune l'application de l'accord par l'autre partie contractante. La manière dont cela doit se faire reste ouverte à ce jour.
| Niveau | Qui | Où |
|---|---|---|
| Observation continue | Comités mixtes | Suisse et UE |
| Litige | Tribunal arbitral | ad hoc |
| Interprétation du droit | Cour de justice de l'Union européenne | Luxembourg |
| Exécution | Mesures de compensation | Niveau de l'UE |
Peter Ruckstuhl, état au 21 janvier 2026
Sources
- 1 Conseil fédéral suisse : paquet Suisse–UE — stabilisation et développement des relations bilatérales
- 2 Conseil fédéral suisse : accords bilatéraux I et II — rapports explicatifs et textes des traités
- 3 Département fédéral des affaires étrangères : questions institutionnelles Suisse–UE (dossier Europe)
- 4 Union européenne : acquis communautaire — bases juridiques du marché intérieur (EUR-Lex)
- 5 Cour de justice de l'Union européenne : jurisprudence sur l'interprétation autonome et uniforme du droit de l'Union
- 6 Constitution fédérale de la Confédération suisse (Fedlex)