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Actualité · Paquet d’accords Suisse–UE

Avantage économique — à quel prix ?

Aucun argument en faveur du paquet d’accords Suisse–UE n’est avancé plus souvent que l’avantage économique. Un contre-calcul demande à quel partenaire la Suisse se lie ainsi durablement.

Quiconque défend le paquet d’accords Suisse–UE avance en règle générale un argument en premier : l’avantage économique. Cet argument mérite un examen sobre. Celui-ci ne porte pas seulement sur ce que la Suisse gagne, mais aussi sur le partenaire auquel elle se lie — et sur l’état dans lequel il se trouve.

01 Un débouché sous pression

Environ 60 % des exportations suisses partent vers des pays de l’UE. Plusieurs de ces États sont lourdement endettés et économiquement affaiblis ; certains doivent être qualifiés de véritables cas d’assainissement. Un argument qui ne mise que sur la taille de ce marché fait abstraction de sa solidité.

Le principal client au sein de l’UE est l’Allemagne. Selon les chiffres de l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), environ 29 % de toutes les exportations suisses de marchandises vers l’UE sont allées en Allemagne en 2025 — presque autant que vers la France et l’Italie réunies.

Figure 1

Exportations suisses de marchandises vers l’UE en 2025, par pays de destination

Tableau et graphique en anneau : exportations suisses de marchandises vers l’UE en 2025. Allemagne 50,5 milliards de CHF (28,9 %), France 26,5 milliards (15,2 %), Italie 24,4 milliards (14,0 %), autres États de l’UE 73,1 milliards (41,9 %), UE au total 174,5 milliards de CHF.

Source : Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), Faits et chiffres 2025.

L’exemple de l’Allemagne

L’Allemagne montre à quel point un partenaire commercial important peut changer en quelques années. Depuis le début de l’ère Merkel, en 2005, la politique du pays s’est d’abord orientée toujours davantage vers l’État social. Au cours des dix dernières années s’y est ajouté un mouvement migratoire d’une ampleur inédite : quelque 15 millions d’arrivées font face à environ 10 millions de départs. Le pays s’en est trouvé profondément transformé. En septembre 2026, le chômage officiel touchait environ 3 millions de personnes.

Allemagne — les chiffres clés
Indicateur Valeur
Arrivées au cours des dix dernières années environ 15 millions
Départs au cours des dix dernières années environ 10 millions
Chômage officiel, septembre 2026 environ 3 millions

Dans le même temps, la dette publique augmente. La dette au sens de Maastricht de l’État fédéral, des Länder, des communes et des assurances sociales est passée de 2631 milliards d’euros en 2023 à 2838 milliards d’euros en 2025 ; pour 2026, on attend environ 3000 milliards d’euros. Sur la même période, le taux d’endettement passe de 62,3 % à probablement 65,8 % du produit intérieur brut.

Figure 2

Dette publique de l’Allemagne 2023–2026

Tableau et histogramme : dette publique de l’Allemagne en milliards d’euros. 2023 : 2631 (62,3 % du PIB), 2024 : 2694 (62,2 %), 2025 : 2838 (63,5 %), 2026, prévision : environ 3000 (65,8 %).

Sources : Deutsche Bundesbank, 31 mars 2026 ; Commission européenne, prévisions de printemps 2026. Valeur 2026 estimée.

Qui se lie à un partenaire se lie aussi à ses problèmes.

Il en découle deux questions que l’on pose rarement dans le débat sur l’avantage économique.

02 Première question : un lien durable ?

Est-il judicieux de se lier pour une durée indéterminée à une institution à laquelle s’appliquent trois constats ?

  1. a Une économie qui vacille L’UE vacille sur le plan économique — précisément le marché sur lequel repose l’argument principal des partisans.
  2. b Souveraineté et démocratie directe Ce lien sape des valeurs fondamentales pour la Suisse : la souveraineté et la démocratie directe.
  3. c Le dernier mot à la CJUE Dans les domaines concernés, le législateur suisse n’aurait plus seul le dernier mot. L’interprétation du droit européen repris relèverait en dernier ressort de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).

03 Deuxième question : quelle institution ?

Et est-il judicieux de se lier économiquement à une institution qui évolue politiquement dans la direction suivante ?

  1. a Une Commission qui pilote depuis le centre La Commission européenne n’est pas élue par le peuple, mais se montre de plus en plus dirigiste et centralisatrice.
  2. b Le réarmement L’UE veut se réarmer — une évolution difficilement compatible avec l’identité d’un État neutre.
  3. c Des dettes croissantes L’endettement augmente sans limite perceptible. Avec d’autres candidats à l’adhésion comme l’Ukraine, il devrait encore s’accentuer.

Conclusion

L’avantage économique est un argument légitime — mais pas un argument complet. Il mesure ce que la Suisse gagne grâce à l’accès au marché intérieur, et laisse de côté la solidité de ce marché ainsi que le prix institutionnel que la Suisse paie pour y accéder.

Qui invoque l’avantage économique devrait donc aussi dire sur quelle économie il compte — et ce que la Suisse abandonne en se liant à elle pour une durée indéterminée.

Contribution de Peter Ruckstuhl, Langenthal. État des données : octobre 2026. Traduction de la rédaction ; la version allemande fait foi.

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